Historique

L'architecture du fort
CONSTRUCTION DU FORT

Les travaux de construction ont été entamés en octobre 1882 par les fouilles des fondations des abris de la traverse centrale du rempart bas. La mauvaise saison passée, ils reprirent en avril 1883 et se poursuivirent jusqu’en octobre autour de la caserne et de la caponnière double. Le chantier se termina vers septembre 1884 par l’entrée et la contrescarpe du fossé.
SIX FORTS
Dans le cadre du programme de 1874, le fort de Leveau fait partie des six forts (les Sarts, Boussois, Cerfontaine, le Bourdiau, Hautmont et Leveau) construits en périphérie de Maubeuge pour mettre la ville à l’abri des bombardements. Il se situe à 3250 mètres au nord-ouest de la place et occupe une superficie totale de 8ha et 25a.
Tracé du fort
Contrairement aux autres ouvrages de la place construits antérieurement, le plan du fort de Leveau est différent. Il possède un front rectiligne, deux flancs, une gorge pseudo-bastionnée et un cavalier. Le fossé est maçonné: la contrescarpe possède des arceaux de décharge et l’escarpe est semi-détachée. L’entrée du fort, fermée par un pont à bascule, est encadrée par une petite caserne donnant sur le fossé de gorge. Cette caserne abrite l’ambulance (infirmerie), des logements pour les officiers, la salle du télégraphe et le corps de garde.
L’ORGANISATION DU FORT
Le couloir d’entrée débouche sur la caserne centrale et sa cour. La caserne, à simple rez de chaussée, comprend quatorze alvéoles. Elle est surmontée d’un cavalier en terre avec emplacements de pièces d’artillerie séparées par cinq traverse-abris.

Sur le côté gauche de la caserne, un magasin à poudre est établi. Un magasin plus petit pour des munitions d’infanterie se trouve dans l’extrémité droite.
En poursuivant par le couloir central et en passant à côté de l’atelier de chargement, on débouche sur la rue du rempart bas. Celui-ci est organisé pour des fusiliers et des pièces d’artillerie légères. Ces emplacements sont partagés en deux par une traverse enracinée dans le massif de la caserne.

LE FLANQUEMENT
Le flanquement des fossés est réalisé par une caponnière double sur le saillant de tête de gauche et une caponnière simple sur l’autre saillant de tête. L’entrée et la gorge sont défendues par deux casemates de flanquement.

L’armement se décompose comme suit:

  • caponnière simple: un canon de 12 culasse et un canon révolver.
  • caponnière double: deux canons de 12 culasse et deux canons révolvers.
  • casemates de gorge: deux canons de 12 culasse et deux canons révolvers.

Le fossé est par ailleurs battu depuis les créneaux de l’escarpe semi-détachée à laquelle on accède depuis les caponnières et casemates de flanquement, par des couloirs de sortie.On peut accéder au fossé depuis une poterne située dans la caserne de gorge.
ARMEMENT DE SÛRETÉ
L’armement de sûreté du fort est placé sur le cavalier qui surplombe le rempart bas d’une dizaine de mètres. Le cavalier comporte six plateformes séparées par cinq traverses-abris. L’armement de défense est placé sur les remparts bas de tête et de gorge.

En 1893, l’armement se composait de:
Sur le cavalier

  • 2 canons de 120mm couvrant la lisière la ville de Feignies et  la lisière des bois de la lanière et des écoliers, la voie ferrée de Mons et Gognies Chaussée.

Sur le front de tête

  • 2 canons de 5 de Reffye pour battre les abords du fort.

Sur les flancs du rempart bas

  • 2 canons de 90mm sur le flanc droit et gauche, pour le flanquement de la ligne de défense.

TRAVAUX DE RENFORCEMENT
Dans le cadre du projet de renforcement du 1er juin 1910, il est décidé d’établir dans le fort un observatoire cuirassé et une tourelle à éclipse pour deux canons de 75mm raccourcis. Les travaux de bétonnage commencent au début de 1914. Dans l’aile droite du massif bétonné de la tourelle, une guérite de rempart est ajoutée.

Deux ponts roulants de vingt tonnes sont amenés de la chefferie d’Epinal pour la mise en place de la tourelle de 75mm dont les éléments arrivent en gare de Feignies en mai, avec trois mois de retard sur le calendrier défini en janvier 1914. Fin juillet 1914, le montage de la tourelle se termine.

Ces travaux constituent les seules modernisations apportées à l’édifice avant le
début de la première guerre mondiale.

1914, le drame du fort de leveau
Le fort fait partie du centre de résistance n°10 et comprend trois batteries de mobilisation dont le réduit est constitué par le fort lui-même et un ouvrage d’infanterie, situé sur le chemin de fer en provenance de Mons.
Le siège de la ville de Maubeuge commence le 29 août. Les efforts allemands se portent d’abord sur le secteur situé entre l’ouvrage de Bersillies et le fort de Boussois.
Dans la matinée du 7 septembre, le fort de Leveau et ses alentours reçoivent vingt-cinq obus de 42cm et un nombre indéterminé d’obus de 30,5cm. Le fort est en partie anéanti. Un obus atteint de plein fouet la partie centrale de la caserne. Cent-vingt hommes sont ensevelis sous les ruines du fort.
Leveau est évacué vers 14 heures sur ordre de son commandant. La place forte de Maubeuge se rendra peu après.
En septembre 1914, les Allemands craignant de perdre la place forte de Maubeuge, vont détruire toutes les défenses du fort par le démantèlement de la tourelle de 75mm et des caponnières. Tous les autres ouvrages de la place subiront le même sort.
Le fort après 1918
Entre 1935 et 1940, le Génie réalise des travaux de remise en état pour y stocker du matériel. Il s’agit de reboucher par du béton certaines parties, dont les entonnoirs causés par le bombardement de septembre 1914, d’aménager des observatoires à l’emplacement de la tourelle de 75mm et sur le cavalier.
L’observatoire de campagne de type OD 85 sert à renseigner une partie des 5ème et 6ème batteries du II/161ème régiment d’artillerie de position dont les pièces sont situées à proximité.
Une chambre de coupure est également implantée à l’entrée du fort pour mettre en relation le P.C. du 87ème régiment d’infanterie de forteresse installé au fort avec le reste du secteur fortifié. Sur le glacis du fort, au nord-est, un bloc F.C.R. (fortification de campagne renforcée) est construit pour assurer la continuité de feu du secteur. Il porte le nom de « bloc du Plantis »
Le 18 mai 1940, des éléments ennemis sont repérés dans le secteur du fort et l’alerte est donnée par les sapeurs télégraphistes de la chambre de coupure. Le lendemain, vers 4h30, les tranchées aménagées devant le fort sont utilisées par l’assaillant pour s’en approcher. Les dessus sont couronnés par l’ennemi à partir de 8h.
Les éléments du P.C. sont quasiment au corps à corps avec les Allemands. La chambre de coupure est prise et le sapeur Ernest Delalain y trouve la mort. Le fort est définitivement pris en début d’après-midi et sert d’observatoire pour guider les tirs d’artillerie sur les ouvrages d’Héron-Fontaine et des Sarts.

A la libération, en septembre 1944, le fort sera le théâtre de combats sporadiques entre Résistants et soldats allemands qui s’y sont retranchés.